Une entrevue avec l'École du design industriel à l'Université Carleton

Stephen Field,  Professeur, l'École du design industriel
Stephen Field,
Professeur, l'École
du design industriel

La Journée mondiale du dessin industriel vise à célébrer le dessin industriel en tant que profession. Pour souligner cette journée, Félix Dionne, directeur du Bureau des dessins industriels à l'OPIC, a rencontré Stephen Field de l'École du design industriel.

Cette année, le thème de la Journée mondiale du dessin industriel est : « Le dessin industriel : comment améliore-t-il votre vie? » Comment le travail des étudiants en dessin industriel (DI) contribue-t-il à améliorer la vie quotidienne des Canadiens?

Le dessin gagnant de Andrew Lowe - Fauteuil roulant sportive

Presque tous les produits créés par un designer industriel ou un étudiant en dessin industriel profitent à quelqu'un. Les étudiants adoptent une approche « humaniste » dans le cadre de leurs projets – ils sont sensibles au monde qui les entoure et à la façon dont ils peuvent améliorer la vie des Canadiens. À cet égard, je vous donne l'exemple d'un de nos étudiants qui a créé un fauteuil roulant pour enfant, entièrement ajustable. Ce fauteuil peut facilement s'adapter à diverses activités sportives, pour ainsi permettre aux enfants handicapés d'être plus actifs. Prenons également l'exemple d'un groupe d'étudiants de quatrième année qui s'est rendu au Chili afin de trouver des solutions concrètes afin de revitaliser une petite ville ravagée par un tremblement de terre. Les étudiants ont conçu des produits qui répondent à des besoins de base, comme le logement, l'alimentation et l'hygiène. Et je pourrais vous donner beaucoup d'autres exemples!

De quelle façon les designers industriels contribuent-ils à l'innovation et à la croissance économique au Canada?

La plupart des produits créés par les étudiants en dessin industriel contribuent à l'innovation et à la croissance économique. Nos étudiants sont très doués pour la résolution de problèmes. À l'École du design industriel de l'Université Carleton, nous mettons l'accent sur le développement des capacités de recherche et d'analyse, et nous encourageons les étudiants à examiner les différents processus de production qui les entourent. Lorsqu'ils cherchent une solution réellement utile et commercialement viable à un problème donné, ils sont appelés à évaluer les demandes des consommateurs et à déterminer si ce qu'ils créent est rentable. Ils doivent également se pencher sur les méthodes de fabrication et sur les nouveaux matériaux requis. Ce processus de développement exhaustif les aide à devenir de meilleurs entrepreneurs, ce qui, en bout de ligne, profite aux consommateurs, enrichit le secteur de la fabrication au Canada et crée de nouveaux marchés.

Quelle est la plus grande erreur ou méprise concernant la profession de dessin industriel?

Parfois, on croit que les designers industriels ne s'attardent qu'au côté esthétique d'un objet. Cela représente une partie du travail, mais les designers sont également des entrepreneurs et des créateurs de produits. Ils excellent dans l'analyse d'un problème, du marché et de la demande, et ils collaborent avec d'autres professionnels afin d'arriver à un produit fini. Ils peuvent également travailler avec des ingénieurs pour valider certains aspects d'un produit. Le dessin est pour eux un outil grâce auquel ils peuvent résoudre un problème.

Que pensez-vous des éléments visuels d'un dessin qui permettent de reconnaître un produit ou de le rendre plus intéressant que d'autres, et de la valeur économique qui peut en découler?

Un dessin attrayant contribue à accroître la valeur commerciale et la qualité marchande d'un produit, cela m'apparaît évident. Mais il importe de comprendre que l'aspect visuel d'un dessin constitue une réponse directe à de nombreux processus différents qu'appliquent les designers pour en arriver à un objet de belle apparence – un objet qui possède la bonne couleur, qui provoque la bonne sensation, qui a la forme appropriée et qui s'inscrit parfaitement dans son environnement. Les designers industriels utilisent des outils comme la conception d'interface, la modélisation informatique et les processus de production afin d'atteindre ce résultat et, même si l'aspect visuel est important, il y a beaucoup plus que cela dans la création d'un produit rentable qui répond aux besoins d'un groupe spécifique.

Quelles connaissances de base sur la propriété intellectuelle (PI) vos étudiants en dessin industriel possèdent-ils?

La plupart des étudiants de première année, comme on peut s'y attendre, ont peu de connaissances sur la PI. Plus ils sont exposés à la PI, particulièrement lorsqu'ils travaillent au sein d'une entreprise et qu'ils découvrent la valeur commerciale de la PI, plus ils s'y intéressent. Les élèves manifestent un grand intérêt à l'égard des bases de données sur la PI, comme la Base de données sur les dessins industriels canadiens et la Base de données sur les brevets canadiens, des outils qui leur permettent d'en apprendre davantage sur d'autres dessins. Ils sont alors mieux préparés à poser les bonnes questions sur leur dessin ou leur produit pour déterminer son potentiel commercial et s'il est possible de le protéger. C'est lorsqu'ils seront prêts à discuter de ces enjeux avec un professionnel que leurs connaissances en matière de PI prendront toute leur utilité.

À votre avis, les étudiants en dessin industriel doivent-ils connaître la PI et quelles difficultés doivent-ils surmonter?

Il importe pour les étudiants d'avoir une connaissance de base de la PI. Au fur et à mesure que se développeront leurs capacités d'entrepreneurs, ils s'intéresseront davantage aux différentes façons de protéger leurs dessins industriels et seront plus à l'aise avec ces notions. Cependant, lorsqu'ils développent leur produit, ils doivent s'assurer que leur concept ou dessin peut en effet être protégé et qu'il a un potentiel commercial, d'où l'importance de bien se préparer. À cet égard, les recherches effectuées dans les bases de données sur la PI sont extrêmement utiles.

Vous avez récemment invité l'OPIC à présenter une étude de cas dans le domaine du dessin industriel qui vise à mieux faire connaître la PI aux étudiants des collèges et des universités. Comment les étudiants ont-ils accueilli cette présentation et, selon vous, qu'ont-ils appris?

Les étudiants ont trouvé l'étude de cas Silver Communications fort utile. Pour eux, il est très important de rencontrer un représentant de l'Office de la propriété intellectuelle du Canada afin de lui poser des questions et de discuter des difficultés et de l'utilité de protéger la PI dans le monde des affaires.


Je vous remercie, Monsieur Field de nous avoir fait part de vos réflexions sur le design industriel et l'École du design industriel de l'Université Carleton. Vous nous rappelez que de bons dessins industriels, comme l'entend l'industrie, peuvent favoriser l'innovation au Canada et profiter à notre économie en améliorant la qualité des produits, en réduisant les coûts, en exploitant des matériaux plus écologiques, en rendant les produits plus sécuritaires ou tout simplement en optimisant la façon dont les produits sont utilisés.

En ce qui a trait à la protection de la PI, les produits améliorés qui résultent de meilleurs dessins sont généralement protégés de différentes façons, selon la nature de l'innovation et, dans certains cas, ils peuvent être couverts par plus d'un type de PI. La Loi sur les dessins industriels protège un concept plus étroit, mais très important du dessin industriel, qui comprend les caractéristiques visuelles relatives à la forme, à la configuration, au motif et aux éléments décoratifs appliqués à un produit fini, afin d'accroître sa qualité marchande, son caractère distinct et, par conséquent, sa valeur commerciale.

Félix Dionne
Directeur, Droit d'auteur et Dessins industriels
Office de la propriété intellectuelle du Canada

Pour plus d'information sur les dessins industriels, ainsi que sur la façon d'enregistrer un dessin ou de consulter notre base de données, visitez la page du Bureau des dessins industriels de l'OPIC.